Doha, l’histoire d’une quarantaine par Enzo Lefort


Doha, dernière épreuve qualificative pour les jeux olympiques de Tokyo, première compétition d’escrime depuis plus d’un an.
Équipés de nos masques sanitaires FFP 2 et munis de nos tests PCR négatifs, nous décollons.

Paris-Doha : 6h.

Une fois sur place, nous apprenons que nous devons acheter une carte SIM et l’installer dans nos téléphones pour télécharger une application de traçage.
Toutes ces étapes à franchir avant même d’avoir récupéré nos bagages.



















Arrivés à l’Hotel, nous découvrons qu’ill a été scindé en 2 pour accueillir les athlètes et ainsi respecter le protocole de la Féderation Internationale d’Escrime. Nous sommes donc accueillis dans un lobby aménagé uniquement pour nous, et entreprenons la tache fastidieuse de récupérer les 31 chambres de notre imposante délégation.
Notre avion a atterri à 23h, les moins chanceux d’entre nous récupérerons leurs chambres d’hôtel à 4h.




Une fois installés, la longue attente des résultats du test PCR commence.

Nous ne pouvons pas quitter notre chambre, tant que notre résultat n’est pas revenu négatif.
Notre préparateur physique nous envoie des séances à effectuer en intérieur, les repas nous sont livrés au pied de notre porte, et chacun s’occupe comme il peut.

J’ai la chance d’avoir une chambre munie d’immenses baie vitrées, qui m’offrent une fenêtre sur le monde extérieur et une vue imprenable sur les gratte ciels qui nous entourent. Ça tombe bien j’ai avec moi l’appareil photo qui me suit depuis maintenant plus de 2 ans en compétition.
Ayant pas mal de sommeil à rattraper, le début de cet isolement se passe bien.

Je dors, je regarde des séries, je lis, je prends des bains, je fais ma séance de sport, je prends des photos.

Bref, je prends du temps pour moi.

Mais une fois reposé, et ayant fait le tour d’à peu près toutes les occupations possibles (y compris photographier tout ce qu’il y a à photographier dans et depuis ma chambre) le manque d’air frais commence à se faire sentir.

D’autant plus qu’ayant perdu l’habitude de dormir en m’étant si peu dépensé, je peine à trouver le sommeil.

Au bout de 34h, nous sommes habilités à pouvoir sortir de nos chambre d’hôtels. Première chose que je fais c’est de me rendre à l’air frais, juste devant l’hôtel en compagnie de Max, l’un de mes coéquipiers.

Nous évitons de nous rendre dans les chambres des uns des autres et n’avons pas le droit de sortir de l’hôtel hormis pour prendre l’air quelques minutes devant l’entrée.

Ne pas pouvoir visiter une ville si intéressante culturellement dans laquelle je n’ai jamais mis les pieds me frustre un peu, moi qui ai l’habitude de partir en exploration les jours précédents ma compétition pour penser à autre chose.

Tout compte fait, cette liberté retrouvée se limite au fait de pouvoir prendre nos repas tous ensemble à la salle de restauration de l’hôtel et à prendre l’air quelques minutes.

Le surlendemain de notre arrivée, nous sommes autorisés à nous entraîner sur le lieu de la compétition. Les hommes disposent d’un créneau le matin et les femmes d’un autre l’après-midi, pour éviter que trop de personnes soient au même endroit au même moment.

À notre arrivée sur le site, nous sommes surpris de constater que nous devons garder notre masque même durant notre échauffement, chose à laquelle nous ne sommes pas habitués.

Qu’importe ! À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ! Le lendemain, la compétition des Hommes commence, et nous sommes tous content et excités de retrouver l’adrénaline et l’ ambiance électrique des compétitions.

C’est étrange, c’est à la fois le format de compétition dont nous avons l’habitude et à la fois quelque chose de différent et d’édulcoré.

Les cris de délivrance que nous poussons sous nos masques durant les assauts sont interdits en théorie, mais tolérés en pratique quand ils sont effectués en tournant le dos à l’adversaire et qu’ils restent brefs.

Les poignées de mains qui viennent traditionnellement clôturer un assaut, sont remplacés par de froids croisements de fer.
Les masques sanitaires eux, sont omniprésents, parfois même durant les assauts, certaines nations ayant hautement recommandé le port de ces masques en dessous des masques d’escrime.

Cependant, malgré l’étrangeté de ce protocole, il est le même pour tout le monde, et cette épreuve reste une épreuve de coupe du monde qualificative pour les jeux olympiques.

Pour moi, cette épreuve se solde par une contre performance.
Je m’incline 15-14 au premier tour face à un italien et me voit sommé de prendre le bus direction l’hôtel 30 mn après ma défaite, toujours pour éviter que trop de personnes ne côtoient l’enceinte de la compétition en même temps.

C’est donc de ma chambre d’hôtel, que je suis les performances de mes coéquipiers tout au long de la journée, notamment celle d’Alexandre Ediri aka « Zoubir » qui se hisse à la 3e place de cette coupe du monde.

De retour à l’hôtel Zoubir se plie à la coutume qui veut que pour son premier podium en coupe du monde, son auteur paie un coup à boire au reste de l’équipe.

Généralement nous nous retrouvons au bar de l’hôtel, mais n’y ayant pas accès, c’est dans ma chambre que nous partageons ce moment convivial pour célébrer la belle journée de Zoubir.

Quelques heures plus tard, toujours équipés de nos masques sanitaires et munis de nos tests PCR négatifs effectués l’avant-veille, nous nous retrouvons à la réception de l’hôtel pour rendre nos chambres et prendre la direction de l’aéroport pour rentrer en France.

Bizarrement, les formalités sont moins longues.

Photos & Texte - Enzo Lefort