CLOTILDE CHAUMET




Loin du cliché de la prof de yoga mangeuse de graines, en position lotus sur son tapis, enseignant à une rangée de filles en legging branchées, se trouve Clotilde Chaumet. À l’heure où les maux de notre époque ont démocratisé le bien-être pour en faire un marché, cette jeune femme d’une trentaine d’années, même si, elle aussi, mange des graines, a su se distinguer en modernisant cette discipline corporelle et spirituelle grâce à la musique. Au-delà du plaisir de réaliser des postures en rythme, elle a su trouver dans le yoga, les forces nécessaires pour surmonter un drame qui aurait pu la bousiller. Une pratique qui redonne souffle à sa vie. Une médiation pour sa libération.

C’était un mois de décembre, la brume matinale stagne encore sur les hauteurs des falaises du Pouliguen, dans le pays de la Loire. La gamine se réveille dans une maison vide. Une atmosphère loin d’être familière. Puis elle voit sa mère rentrer, l’air paniqué à l’idée de lui annoncer ce qui est arrivé.
Son père a chuté de la falaise. Alors, Clotilde emprunte la route qui part de sa maison. Boulevard des Maures. Pas la même signification, mais elle n’a pu s’empêcher d’y penser. Elle trace tout droit à travers le champ, courant sur l’herbe encore gelée. Le voilà, plusieurs mètres sous ses pieds, étalé de tout son long sur les rochers. Vide de toute émotion, la jeune fille se souvient s’être penchée en guise de dernier au revoir. À cet instant une partie de Clotilde s’est cassé la gueule, laissant tous les souvenirs suivant cet instant, s’envoler.

Hôtesse de l’air de profession, sa mère, Valérie, va lui donner le goût de l’évasion. Ensemble, elles vont voyager pour essayer d’oublier. Puis, vient le temps de l’expérimentation. Elles vont s’essayer au Bikram, une forme de yoga, pratiqué dans une pièce chauffée et humide. Elle n’est pas convaincue par l’ambiance gourou, un maître à penser, qui répète un texte figé sans personnalité. Clotilde en restera là, pour le moment. C’est à l’âge de seize ans, qu’elle décide de s’envoler, direction l’autre continent. Elle prétexte vouloir apprendre l’anglais. Santa Barbara, à quelques kilomètres de Los Angeles. Ce sera sa deuxième maison. Elle passe ses journées aux bords des plages de Muscle Beach. Au milieu des corps bodybuildés et autres adeptes de la gonflette, se trouve une communauté d’hommes et de femmes, qui réalisent un ensemble de poses et mouvements à la recherche de la spiritualité. Plus proche de la gymnastique que du Yogi tradi. Cet état d’esprit sera sa thérapie.

Elle se passionne pour cette pratique. Peu de temps après, la jeune femme part en Inde se former. Le Ashtanga, ils appellent ça. Grace aux billets d’avion gratuit de Valerie, elle fera la rencontre de Rachel Brathen. Une des pionnières en la matière. L’Américaine rassemble plus de cinq-cents personnes par session. Pas étonnant de voir Clotilde faire le trajet pour assister à un de ses cours. De retour en France, elle adapte le Yoga à son état d’esprit. En temps normal, on appel ça le Vinyasa, mais elle va y ajouter de la musique, pour la rendre plus athlétique. Son père était musicien, ça tombe bien. Et puis ça sort des clichés puriste, avec des règles à respecter. Sa spécialité, les « handstand ». Des pauses sur les mains. Une souplesse d’esprit. De là, est né TIHHY. Pour Très Intense Hip Hop Yoga. Atmosphère tamisée, bougies au sol pour ne pas être observer, ni juger. Une ambiance Eyes wide shut sur du beat hip hop. Concrétisation, Rachel ira jusqu’à l’inviter pour donner un cours à ses côtés. Aux Bahamas. Tant qu’à faire.
 
Puis viens cette retraite à Innsbruck, au cœur des Alpes Autrichiennes. L’envie de se perfectionner pour mieux enseigner, pousse Clotilde à suivre Dylan Werner. Cet ancien Marine des forces américaines, qui officie maintenant dans la nature.

Pas de legging pour cette randonnée spirituelle. En mode stage de survie pour les yogi. Dylan se concentre sur l'intégration des grands espaces, pour approfondir la connexion intérieure. Basé sur la respiration et la méditation. Histoire de se connaître, vraiment. Pendant un mois, elle enchaîne les cours, tous les jours, dès 5h du matin. Pratique physique Asana, Handstand, cours d’anatomie façon Niptuck, philosophie et respirations chamaniques. Mains et bras tétanisés, seuls les yeux répondent pour pleurer. Sans oublier les cours de Qui Quong sous la pluie. À se demander si Dylan n’a été formé que dans l’armée.

À la fin du stage, il y a le niveau final. Une journée dans la montagne, avec un sac de couchage et une lampe pour se trouver. La règle du jeu, rester assit pendant vingt-quatre heures sur un spot de deux mètres carrés et ne pas bouger. Le tout, sans avoir mangé, de façon à puiser dans les ressources. Clotilde monte en haut de la forêt, quitte à ne rien faire, autant avoir un truc à regarder.

Il pleut des cordes. La nuit commence à tomber. Après avoir lutté dans sa tête pendant des heures, elle se décide à dormir. Les cerfs rallent. La peur du noir ne l’aide pas. Alors, Clotilde ouvre les yeux pour se focaliser sur les étoiles. La seule chose perceptible à cette heure-ci. Au-delà du ciel, c’est l’image de son père qui l’apaise. Elle passera les heures restantes à profiter de cet instant. Elle est transformée. Une partie de sa plaie s’est refermée. C’était cette année.

Alors pour ceux qui veulent tester le yoga, Clotilde vous dira : prenez une position confortable et fermez les yeux. Prenez une grande inspiration. Expirez par la bouche. Oubliez tout le reste. Vous aller voir, tout va bien se passer.



Photos & texte - Julien Soulier
Style - David Bellion


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